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La discrimination positive.


LA DISCRIMINATION
POSITIVE

- Discrimination vient du latin : discrimen qui signifie : séparation. Ce qui est discriminatoire est ce qui tend à distinguer, à son détriment, un groupe humain d’un autre.
Distinguer, c’est faire des catégories, selon la race ou l’origine ethnique, la religion ou les convictions, selon le sexe, selon l’âge, selon l’orientation sexuelle, selon la position sociale, selon le grade, selon les capacités, intellectuelles et physiques, selon le degré de handicap.
Etre positif c’est se baser sur des faits certains, rationnels, c’est affirmer, faire preuve de réalisme, de sens pratique.
Etre positif, c’est aussi, à partir d’un négatif apparemment très sombre, révéler une réalité subtile, riche, et toute en nuances. Il suffit pour cela d’y consacrer les moyens techniques nécessaires.
Alors, discrimination positive, association malheureuse de mots contradictoires, tandem voué au déséquilibre, expression politiquement incorrecte ?

- C’est vrai, pour rétablir l’égalité, il faut compenser le manque. Si cette compensation n’est pas librement offerte par le mieux doté, elle doit être imposée par la loi. Bien sûr, nous sommes tous nés libres et égaux en droits ... et en devoirs.

Parce que compenser, c’est aussi faire du favoritisme. Créer des concours distincts pour certaines catégories de personnes, leur offrir des filières spécifiques, leur organiser des parrainages, leur appliquer des critères d’évaluation différents, par la suite, leur réserver des postes ou bien leur en favoriser l’accès en leur offrant des dispenses de diplômes, des reports de limites d’âge, imposer des quota aux entreprises, au monde politique, dans la fonction publique, dans les établissements d’enseignement supérieur, accorder à ces groupes du temps, de l’argent, des aides, qui seront ainsi soustraites aux autres, n’est-ce pas injuste ? Et puis il y a les profiteurs, ceux qui vont tirer induement bénéfice de toutes ces mesures.

Pourtant, n’y a-t-il que des avantages à se déclarer membre d’un groupe défavorisé ?
Parce qu’au delà des compensations, se trouvent tout à coup désignés le manque et celui qui le subit.
Un commissariat à la diversité et à l’égalité des chances, présidé par Yazid Zabeg, a été créé. Il se propose d’établir des statistiques ethniques afin de mettre les inégalités en chiffres. Il aura pour cela l’aide de la CNIL (commission nationale de l’informatique et des libertés) et de la HALDE (haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité) et celle de nombreux chercheurs. Cela ne risque-t-il pas de montrer du doigt les différentes communautés ?
Obtenir un diplôme, même prestigieux, par mesure de faveur, de quelle utilité cela peut-il être quand les employeurs potentiels peuvent facilement le savoir ? (Une classe préparatoire spéciale a été créée à l’ENA pour des étudiants issus de milieux defavorisés, une procédure spéciale de recrutement, pour les élèves issus de ZEP, est prévue à l’institut d’études polititique ...) Ne serait-ce pas une façon de donner le change, une simple hypocrisie, plutôt qu’une réelle chance offerte ?
Obtenir, ou même garder un poste parce qu’on fait partie d’un groupe défavorisé, de quel prix cela risque-t-il d’être en terme de dévalorisation auprés des collègues et de la hiérarchie ? De quels soupçons d’incompétence cela ne sera-t-il pas générateur, que cela soit justifié ou non ?
Moi-même qui vous parle, lorsque j’ai obtenu ma classification comme travailleuse handicapée, une amie, dans le même cas, m’a déclaré : « Vois-tu, quand nous avons fait cette démarche, nous nous sommes nous-mêmes mises à l’index. »
Ceci est mon « ghetto ». Quel est le vôtre ? Est-ce votre race qui vous distingue, votre religion, votre âge, votre sexe, vos goûts personnels, votre niveau social ? Accepteriez-vous de les déclarer au grand jour ? Supportez-vous même d’entendre ces mots-là ? N’est-il pas plus facile de se fondre dans la masse ?
Discriminer, c’est désigner, juger, mettre à part, c’est accorder sa pitié, au mieux, son mépris, au pire. Il ne faut pas montrer du doigt, il ne faut pas suggérer l’infériorité, cela ne peut être que négatif.

Il ne faut pas faire de différence, parce que faire une différence c’est soustraire, et soustraire, cela ne peut rien avoir de positif, même si, pour donner le change, on offre une compensation.

- Pourtant distinguer, discerner, classer, c’est aussi réfléchir, c’est découvrir, c’est apprendre. Différencier aide à se positionner, à se déterminer, à prendre des décisions. Toute construction mentale passe par la discrimination, qui ne peut donc être que positive.

De même nulle vie n’est possible sans la différentiation des cellules de l’embryon, sans leur division. Chaque être humain, pour exister, doit subir la séparation, douloureuse mais indispensable, qu’est la naissance. Il doit ensuite, pour atteindre l’âge adulte, se séparer de ses géniteurs. Il doit enfin, à l’instant ultime, se séparer de ses semblables.

Oui, ouvrir les yeux sur le monde, quitter la chaleur communautaire, affronter l’inconnu, se voir fragile, mortel, fait peur. Pour ceux qui sont croyants et ceux qui pensent que la Bible a beaucoup à leur apprendre, voyez, dans la Genèse, l’épisode de Babel. Pour tenter de retrouver la fusion originelle, l’indifférenciation, la chaleur rassurante de la fusion, la parole unique, les hommes ont tenté de bâtir une tour. Dieu l’a détruite et a dispersé les hommes sur la surface de la terre.
Quel était son message ? Différenciez-vous. Retrouvez votre identité. Plus vous parlerez de langues, plus vous inventerez de cultures et mieux votre carte du monde s’enrichira et s’étendra. L’uniformisation c’est la répétition, c’est l’ennui, c’est l’opposé de la création.

Mais revenons au quotidien, à l’entreprise. A l’intérieur de celle-ci, sans différenciation, pas de grade et sans chef, pas de projet commun gèré et construit. A l’extérieur de celle-ci, sans discrimination, pas de concurrence, et en l’absence de concurrence, c’est le règne du monopole. Cependant, il ne faut pas oublier que les mécanismes concurrenciels broient les plus faibles.
Pas d’action, pas de construction commune, sans individus, sans différences, sans inégalités. Mais si on a le souci de la justice, l’inégalité impose la compensation.

Faire de la discrimination positive c’est, d’après Gwenaëlle Calvès (La discrimination positive Que sais-je ? PUF), appliquer des règles de façon différenciée afin de traiter différemment des groupes différents. C’est donner plus à ceux qui ont moins. C’est promouvoir une plus grande égalité de fait en garantissant aux groupes désavantagés une véritable égalité des chances. C’est combler un retard de développement économique et social en instaurant un véritable traitement différencié, appelé à disparaître lorsque le retard aura été rattrapé.

Oui, la diversité, c’est la richesse et pour faire entrer la richesse dans l’entreprise, il faut tout faire pour en favoriser l’accès. Afin que les différences ne puissent pas être un obstacle. Afin que chacun puisse être jugé pour ce qu’il fait et non pour ce qu’il est.

- Alors pour ou contre la discrimination positive ? Pour, bien évidemment. Parce que, de toute façon, la différence ne se décrète pas, elle est. Et parce qu’il faut tenir compte de toutes ces différences et donc les gérer, les compenser autant que faire se peut, les accompagner, les favoriser, leur ouvrir toute grande la porte, ne pas en faire un objet de mépris, mais au contraire leur faire confiance pour être une source insoupçonnée de richesses et de surprises.
Quand la vulnérabilité devient force, la créativité n’a pas de limite (voir l’essai de Charles Gardou : Pascal, Frida Kahlo et les autres ...).  

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